Julie Trémouilhe Julie Trémouilhe

/miniʃifu/

Ils volent plus vite que la vitesse de la lumière parce qu’ils n’ont plus de masse intrinsèque. Ils ne sont plus que des lettres qu’on prononce mal dans le parlophone du drive-in. Une portion de chicken wings s’il vous plait.

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Crépi Blanc

Un mur de crépi blanc et tout contre, un petit espace de terre où l'herbe ne repousse pas.

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J’aurais pu être n’importe où

Je peux être n’importe où. Il y a un grand soleil, c’est Venise sous mon pas. Il y a des rayons roses et la brume sur le champ derrière la maison. Il y a un bébé qui gigote au bout de mon sein. Il y a des néons multicolores sur la piste de danse. Il y a des rats de bibliothèque aux yeux fatigués sur leurs pages. Il y a des ponts. Sur les ponts, plein de lampadaires.

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Les clowns de rodéo

La marée de gnôle pareille au fond des mers. D’un noir intense, mais si tu frappes ça de lumière, c’est plein de créatures phosphorescentes qui flottent. Qui ont jamais cessé de danser dans ta pupille aveugle.

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Estacade

On dit estacade. Tout le temps. Tous les gens de la mer ils disent l’estacade. Pas jetée, batardeau, brise-lames, digue, barrage, môle, chaussée, levée, serrement, duc-d’Albe, musoir, palée, turcie. C’est l’estacade. C’est pas la même chose. Là je dis : assis. T’as déjà vu un oiseau assis ? C’est fou. On peut dire aussi duit, ou aboiteau. Mais duit, c’est vieux. Moi je suis pas vieux. Je dis Estacade.

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What once was

He would stay there
At the frontier of backyards
If only stood still a realm of wild things
Untamed

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Les poissons volants

Des poissons volants sautent de ma langue à la tienne. Tu ne parles pas le langage qui brise le seuil des éléments, tu ne voles pas comme eux dans un vide où ils s’étouffent sans peur.

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Que rien ne touche

Le verre où je retourne
Les bras tendus qui tirent le temps
Que rien ne touche
Tu te demanderas d’où je bois, qui je piétine et si la lumière vacille
Tout ce qui pourrait être autrement
Je plonge libre

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Comme ils titubent

Qu’ils avouent qu’aucune de nous n’est née de leurs côtes. Ils sont sortis de ton utérus, par ton vagin visqueux. Ton sexe sublime. Englués dans ta matière, ils t’ont goûtée avant le premier cri. Dis-leur : « Tu ignores mon nom mais cette peau te hante déjà ».

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Au nord du Nord

Y a quoi, au nord du Nord, Sander ? Jill s’amuse. Il y a la glace, les icebergs, les gelures, le grand vide et deux fous. Jill s’amuse toujours.

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Mon sang battant

Peut-être quelque chose poussera-t-il. La sève de toute cette agitation en mouvement comme mon sang battant. Je repasserai par là, après les périples, les grandes montées. Nous nous reconnaîtrons, pliées par un même vent. Là, toujours, entre les marées.

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Roue libre

Les bras se lèvent, les coudes tirent en arrière une charge invisible. L’air sert de résistance. Le corps se propulse en surplace, la tête est moteur de cette fuite en avant immobile.

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Piece of cake

So I searched parallel voids looking for twenty non-existent years. I imagined his look when he’d meet me on his side of the land. I’d speak for hours about how I figured it out, the night trips of agglomerated days.

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Qu’est-ce qu’on raconte ?

Je me dis que je m’arrêterai, la prochaine fois. Que je dirai un truc. Même s’il est caché derrière une mousse. Que ça frétille dans ses oreilles. On refera le monde sur le zinc. Je regarderai la tête des ploucs attablés, puis lui, pilier des piliers. Toujours décalé. Un sourire qui sait mieux que tout le monde, depuis son envol immobile. Lui qui se balade sans bornes entre les pôles.

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I wanted to put some music on

I wanted to put some music on, my music, my terrible music, my terrible taste in music. A tune that would repeat itself, repeat, repeat, on and on, again and again. A music that would be in tune with my days, my repeated days.

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Il est surfeur

Il est flou, de loin, de profil, de dos, derrière l’objectif. Tu le connais. Il n’enlève pas ses lunettes de soleil. Il est nouveau, ici. Il est trop beau pour être vrai. Il donne son cœur, tiens, prends.

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Lighter than lemon

He told me just to drink and dance.
I tried to be lighter than the lemon of our tequilas.
Lighter than salt.
I remember the words, repeated endlessly in my head:
lighter than lemon
lighter than lemon
lighter than lemon

as I walked in drunk silence next to him, back to my place.

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On a lu Shakespeare

Je me disais : on a lu Shakespeare et compris qu'une mort peut être un événement dont on ne se relève pas. Qu'un chagrin d'amour suffit à faire une vie. On a cru qu'il était légitime de ne pas s'en remettre, d'en faire une tragédie, de fuir le tiède. On a cru que si ce n'était pas le triomphe du corps, de l'âme ou des larmes et des armes, ce n'était rien.

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