Que rien ne touche
© Julie Trémouilhe
Le verre où je retourne
Les bras tendus qui tirent le temps
Que rien ne touche
Tu te demanderas d’où je bois, qui je piétine et si la lumière vacille
Tout ce qui pourrait être autrement
Je plonge libre
Funambule verticale dans l’espace d’eau
Mon verre vide
Je pique la masse sombre
Attablée, je cause d’un monde sans air où ça respire mieux
Des gens qui veulent toucher le fond
Du grand sombre où c’est plus clair qu’en haut
Tu dis tu t’abîmes tu tires sur la corde
Tu arrêtes mon coude dans l’espace d’air
Pour un verre d’eau
Où tu te noies
Tu fais partie des gens qui flottent tu ne coules jamais
Je chute libre
Les doigts palmés par l’habitude
L’abdomen en accordéon
Tu dis tu piétines ta carrière
Mes doigts remuent la vase
Pas dupe de l’eau qui dort
De ton corps calme
Qui piaille des ascensions
Moi, cormoran
Je saute libre
Là où les anges ne me suivent pas
Depuis le verre où je retourne, et si la lumière vacille
Tout ce qui pourrait être autrement
Les sirènes font silence
Ondulent sur les pistes denses sans laisser trace
La mer presse leurs os
Arrête
De chercher des messages dans la bouteille tu dis
J’avale sur l’inspire
Je descends libre
Lâcher la ligne sur le bleu l’immense
Creuser un terrier sous-marin
Y déchiqueter tes cheveux coupés en quatre fois quatre
Lever la fronde devant le monstre thalassique
Je tends les doigts vers la gueule ouverte
Pose la paume sur sa langue veloutée
Toucher
Toucher dans le risque
Toucher à en perdre le bras
Toucher quelqu’un.