Les poissons volants
© Julie Trémouilhe
Tu te vautres dans mon corps cabossé. Tu l’assailles d’injures. Tu dis il est doux. Tout doux. Tu te relèves à demi sur le drap orange, la colonne courbée en vague inversée. Je ne sais plus où est la terre, où est la cime. Je serre tes mains de lion affolé. Tu n’aimes pas te perdre. Je te tire dans l’espace où l’eau et l’air sont matières indistinctes. Leur densité avale tes mots crus. Tu retiens ce que tu connais du monde en t’accrochant aux saillies sur ma paroi de peau. Tu escalades. Tu veux retrouver l’œil ami, aimant rassurant, garde-fou du vertige. Je te crache à la gueule. Des poissons volants sautent de ma langue à la tienne. Tu ne parles pas le langage qui brise le seuil des éléments, tu ne voles pas comme eux dans un vide où ils s’étouffent sans peur. Tu ne sais pas tomber sur des kilomètres vers le ventre de toute chose. Tu lâches prise. Leurs écailles coupent l’intérieur de ta bouche, se coincent entre tes dents. Tu retombes sur le tissu orange. Sur une défaite que je ne peux aimer.