Mon sang battant
© Julie Trémouilhe
Mes jambes se délient sous le soleil glacé. Les branches rasent le sol, écorchent la peau fine sur mes chevilles. Le corps gratte, secoué, sorti de sa torpeur, assailli par les frottements de la matière. Le cœur ralentit, figé entre le mordant de l’hiver et le sang, le souffle, les muscles qui pompent dans mes réserves. Je livre tout. Je cède et rends sur l’expiration tout ce que j’ai pris. Ce que j’ai grappillé, entassé dans mon terrier d’animal blessé, puis tout ce que j’ai reçu. Je rends les mots, les gentils, les doux, les acerbes, les coups de couteau. Ils sortent, salés, de mes pores. Éclaboussent la nature gelée. Peut-être quelque chose poussera-t-il. La sève de toute cette agitation en mouvement comme mon sang battant. Je repasserai par là, après les périples, les grandes montées. Nous nous reconnaîtrons, pliées par un même vent. Là, toujours, entre les marées.